On peut apercevoir les véhicules sans conducteur dans le virage : Est-ce «Le moment Kodak» de l’industrie de l’assurance ?

Publié initialement sur Insurance-Canada.ca

Vous êtes-vous jamais demandé pourquoi les dirigeants de Kodak ne pouvaient pas voir la menace que représentait la photographie numérique ? Après tout, Kodak fut une énorme société avec accès à des ressources abondantes et beaucoup d’intelligence. En fait, à son apogée, l’entreprise employait 145 000 personnes et avait des revenus de 16 milliards $.

Ce que vous ne pouvez savoir c’est que c’est un ingénieur Kodak, nommé Steve Sasson, qui a inventé le premier appareil photo numérique. Dans une interview donnée au New York Times, il avait qualifié la réponse de l’entreprise à son invention comme « que c’est mignon – mais n’en dites rien à personne.  »

Il n’a pas fallu longtemps pour que la photographie numérique d’être découverte par d’autres.

L‘important, ce n’est pas ce que vous savez, c’est ce que vous faites

En 1981, la direction du département de l’Intelligence de marché chez Kodak, avec le soutien du chef de la direction de la société, a réalisé une grande quantité de recherches qui ont évalué les technologies émergentes et établi les échéances probables de leur adoption. Leur rapport avait prédit précisément le remplacement de la pellicule, qui consistait la base des activités de Kodak, par la photographie numérique. Elles prévoyaient que cela prendrait environ une décennie pour que la nouvelle technologie prenne racine. La bonne nouvelle est que Kodak a eu tout le temps pour planifier, pour se diversifier, se métamorphoser vers d’autres domaines plus lucratifs, pour développer de nouveaux produits qui auraient pu générer des profits pour l’entreprise. Le problème est qu’elle ne l’a pas fait.

Fuji était un concurrent important de Kodak dans le milieu de la pellicule. Conscient de la menace de la photographie numérique, les dirigeants de Fuji ont réagi différemment. La société s’est diversifiée avec plus de succès. La pellicule représentant 60 % de son activité en 2 000, ne contribue presque rien aux nets de Fuji aujourd’hui.

La vérité vous rendra libre, mais elle pourrait ne pas vous rendre heureux

Faites un saut jusqu’en 2015 et à une industrie bien différente : l’assurance. L’asurance fait face à de nombreux défis et menaces et beaucoup d’entre eux sont liés à la technologie. Une des menaces les plus importantes concerne l’assurance automobile.

Au cours des quelques dernières années, j’ai été invitée à prendre la parole à plusieurs événements de l’industrie de l’assurance, y compris les forums exécutifs d’Insurance-Canada.ca (en passant, ils sont fantastiques!), au sujet des changements concernant la mobilité des personnes et des biens et de leur impact sur l’assurance. Au cours des trois dernières années, la réaction de l’industrie à l’arrivée de la technologie de conduite du véhicule autonome a considérablement évolué. Elle a progressé de, «Vous êtes fous, cette technologie ne marchera jamais » à « OK, elle va arriver, mais pas de mon vivant » à « Elle va se réaliser, mais la pénétration sera très limitée, parce que les automobilistes vont refuser d’abandonner le contrôle du volant « .

En juin de cette année, KPMG a publié les résultats d’une enquête menée auprès des professionnels de l’industrie de l’assurance afin d’évaluer leur état de préparation pour les véhicules autonomes. Le rapport indique :

La conversion aux véhicules autonomes pourrait s’avérer le plus important changement pour l’industrie de l’assurance automobile depuis son avènement. Alors que la façon dont nous conduisons et nous nous déplaçons se transforme, la quantité, le type et l’achat d’assurance automobile seront touchés. La perturbation des assureurs pouuait être profonde, et le changement pourrait se produire plus rapidement que la plupart s’attendaient.

Comme beaucoup d’autres qui ont évalué l’impact de cette technologie sur les assurances, KPMG prévoit « une nouvelle normalité » d’ici une décennie. Malgré cela, l’étude conclut que 74% des compagnies d’assurance ne sont pas prêtes pour ce changement.

 

Stratégie signifie regarder au-delà du pare-brise

L’industrie de l’assurance est privilégiée avec certains super stratèges qui relèveront le défi et prépareront leurs organisations respectives aux changements significatifs qui vont certainement se produire. Et même si personne n’a accès à une boule de cristal, les assureurs devraient prévoir des changements significatifs dans l’assurance automobile d’ici les cinq à dix prochaines années.

Lors du Forum exécutif d’Insurance-Canada.ca de 2015, le président d’Aviva Canada, Sharon Ludlow, a démontré sa compréhension précise de ce qui nous attend dans l’assurance automobile :

« Nous nous attendons à ce que l’assurance automobile traditionnelle devienne un produit de niche ou même obsolète d’ici deux décennies. »

Le tableau qu’elle partageait avec ceux présents indique une disponibilité de véhicules totalement autonomes avant 2025, mais une croissance importante de la technologie à partir de 2025.

Accroché à la croyance que les consommateurs éviteront les véhicules sans conducteur est dépourvu de réalisme. Voici quelques faits qui devraient être prises en considération lors de l’évaluation intérêt potentiel de cette technologie :

  • La voiture est la dépense la plus importante pour la plupart des ménages occidentaux (rappelez-vous, contrairement à votre voiture, votre maison est un investissement qui devrait augmenter en valeur au fil du temps).
  • Malgré un coût moyen d’environ 12 $ à 13 000 $ canadien par année pour posséder et exploiter une automobile de marque/modèle moyen, le véhicule reste inactif 94 % du temps.
  • Les jeunes de plus en plus manifestent une aversion à la conduite.
  • Notre population vieillissante, avec toujours plus de limitations physiques et mentales, préférera se faire conduire.
  • Notre population est de plus en plus urbanisée, préférant éviter les longs trajets.
  • La congestion a été tellement importante que la conduite n’est généralement pas agréable. Au contraire, elle est carrément frustrante.
  • Les gens aiment faire toute sortes de choses, alors qu’ils sont dans leurs véhicules. Avec une connectivité accrue, le nombre de distractions augmente. Cela rend les mauvais conducteurs encore pires. Aujourd’hui, l’erreur humaine contribue à 93% des accidents de la route.
  • L’adoption de nouvelles options de mobilité (y compris l’auto-partage et le partage de trajet) est phénoménale. En fait, Vancouver et Calgary sont les deux principales villes en Amérique du Nord pour le partage de voiture. Avec l’expansion annoncée récemment, la flotte d’auto-partage Car2gov (une division de Daimler) à Vancouver est la plus grande de par le monde.
  • Les villes du monde entier introduisent des politiques pour réduire le nombre de véhicules appartenant à des particuliers sur leurs territoires respectifs pour réduire la congestion et la pollution insupportable. Helsinki, parmi ses plans pour introduire « Mobility as a Service » (MaaS), vise l’abandon de la propriété de véhicules personnels par ses résidents d’ici 2020. Montréal encourage plus de partage de voitures afin de minimiser le nombre de véhicules appartenant à des particuliers. Jim Hollande, le vice-président de Ford, Vehicle components and engineering, a déclaré que la congestion fera que les gens de n’aurons autres choix que de participer à l’auto-partage.
  • À peu près tous les fabricants d’automobiles (ainsi que la chaîne d’approvisionnement) travaillent sur les technologies pour automatiser autant de caractéristiques des véhicules que possible.
  • Les géants de la Silicon Valley tels Google et Apple ont jeté leur dévolu sur l’industrie du transport et les énormes profits que la technologie d’auto-conduite peut contribuer à leurs coffres. On assiste à une frénésie d’investissement en R & D et en embauche pour rendre la technologie opérationnelle. Pourquoi? Parce que cette technologie représente le potentiel de remplacer la propriété du véhicule, à la mobilité à la demande : un nouveau modèle d’affaires qui va générer des revenus et des profits immenses pour ceux qui la contrôlent. Ce nouveau modèle d’affaires signifie avoir accès à un véhicule lorsque vous en avez besoin, par le biais de votre téléphone intelligent, mais sans les maux de tête de la conduite, le stationnement, le parking payant ou d’autres infractions, faire le plein / recharger le véhicule, pour le conduire pour l’entretien, de le laver, … de payer l’assurance.

Les changements peuvent sembler lents … Jusqu’à ce qu’ils ne le soient pas

La mobilité à la demande devrait coûter beaucoup moins que la propriété du véhicule. Donc, tous les avantages, aucun des maux de tête et le tout à un coût nettement inférieur. Combien de vos clients pourraient rejeter cette offre?

Pas tout le monde se précipitera le premier jour, mais après que la technologie a eu l’occasion de faire ses preuves (quelques mois? Une année? Peut-être deux), la courbe d’absorption va ressembler à un bâton de hockey.

Comme Kodak en 1981, l’industrie de l’assurance a moins d’une décennie pour se préparer à ce changement de paradigme qui se traduira par le passage d’environ 20 milliards de $ de primes (au Canada seulement) à un marché de niche dans les années qui suivent. Comment les assureurs se prépareront-ils? Comment les maisons de courtage se prépareront-elles? Les courtiers peuvent-ils commencer à cibler les marchés commerciaux entre entreprises pour compenser la perte des primes? Assisterons-nous à une consolidation importante dans l’industrie? Les assureurs prioriseront-ils les stratégies de diversification?

Les prochaines années sont cruciales pour la préparation de l’industrie pour l’avenir. La complaisance et les croyances que les consommateurs vont rejeter les offres de mobilité présentées par les Google et Apple de ce monde sont des recettes claires pour l’échec.

A propos de l’auteur

Catherine Kargas est vice-présidente chez MARCON où elle fournit des services-conseil en stratégie d’affaires à des clients dans les secteurs public et privé de l’économie. Catherine est également président de Mobilité électrique Canada, aidant à promouvoir des solutions de transport durable. Catherine a travaillé en étroite collaboration avec Insurance-Canada.ca pour le développement de grands projets et programmes de pointe. Elle est souvent conférencière à des événements de l’industrie de l’assurance. Catherine peut être contactée par courriel à ckargas@marcon.qc.ca .

%d blogueurs aiment cette page :