Gérer des usages, non des véhicules : la consommation collaborative peut optimiser la mobilité des collectivités et des entreprises

Tél. intelligent contre infrastructure

Le secteur de la mobilité fait partie des segments ayant connu un grand nombre d’innovations successives ces dernières années, notamment, grâce à l’émergence de l’utilisation des téléphones intelligents dans le domaine des transports. Ces assistants personnels complètent, voire remplacent, petit à petit les coûteuses infrastructures connectées des opérateurs de transport. Qui utilise désormais les GPS  embarqués et non son propre téléphone intelligent en voiture ?

Avec plusieurs millions d’applications mobiles offrant des services de conciergerie, de taxi ou de livraison à domicile, la technologie transforme actuellement la plupart des modèles de mobilité.

Pourquoi?

Parce qu’au lieu de susciter de longs tests et un prototypage de technologie ou de matériel, le développement d’applications permet de réduire le “time to market” d’une innovation. Vous accéder désormais instantanément à une communauté (des collègues de travail, des amis, des prescripteurs, etc) qui vous permet de faire de votre idée un vrai service innovant.

Ainsi un service de transport peut aisément être mis sur le marché par des entreprises d’ingénierie disposant d’une solution originale répondant à un besoin précis. Une simple plateforme de réservation en ligne les rendent, de facto, des opérateurs de service de transport.

On peut donc diffuser plus facilement les innovations technologiques sur de nouveaux marchés. La pénétration croissante  des téléphones intelligents permet de servir de nouveaux clients et de transformer votre idée en succès commercial.

De plus, l’économie collaborative et les compagnies qui y sont associées sont devenues de plus en plus populaires depuis les dernières cinq années notamment grâce à l’internet et aux téléphones intelligents. En permettant d’équilibrer l’offre et la demande en temps réel (Uber, BlaBlaCar, etc.), l’économie collaborative a transformé notre façon d’utiliser les moyens de transport.

Les modèles d’économie collaborative répondent à un besoin d’immédiateté et inspirent la confiance des utilisateurs via des outils et des services qui sont très souvent originaux, simples et structurés.

Créer de la valeur par l’usage

Le croisement de données qui est  rendu possible grâce aux nouvelles technologies de l’information joue un rôle très important dans le développement d’offres alternatives de transport. Ainsi, une meilleure gestion des bases de données permet aux utilisateurs d’avoir une plus grande flexibilité en ce qui a trait à leurs déplacements et optimise l’utilisation des équipements de transport. Par exemple, les plateformes de mobilité « tout en un » telles que l’offre Moovel (de Daimler) proposent, et ce en quelques clics, des trajets prenant en compte l’ensemble des données des opérateurs de transport locaux de bus, de trains et de taxis mais aussi des opérateurs de services d’auto-partage, de covoiturage et de vélos libre-service. Ces outils permettent d’offrir à l’utilisateur des scénarios de trajets optimisés en fonction du coût ainsi qu’en fonction du lieu et de l’heure du départ.

De plus en plus d’opérateurs de transport cherchent également à promouvoir un usage optimisé de la voiture (plusieurs conducteurs par véhicule) par contraste au traditionnel usage extensif de l’automobile (un seul conducteur par voiture).

Cela conduit à l’apparition de niches sur le marché de la mobilité comme les sites de covoiturage professionnels, l’auto-partage en zone aéroportuaire, le partage de places de stationnement privées, l’auto-partage de véhicules de transport pour personnes à mobilité réduite, etc.

L’économie collaborative peut également servir de tremplin direct ou indirect à l’adoption de nouvelles technologies en faisant découvrir à un public un nouveau service ou un nouveau produit. Ainsi le constructeur automobile Bolloré utilise des véhicules électriques pour son service d’auto-partage AutoLib’ à travers le monde, tout comme le fait BMW avec son programme DriveNow à San Francisco, à Munich et à Berlin, et bientôt, à Vancouver. Ces initiatives permettent de développer une familiarité avec les avantages du véhicule électrique tout en promouvant une réduction du nombre de voitures sur l’espace public.

Optimiser l’usage des véhicules existants

Les comportements collaboratifs peuvent également aider les commerces de proximité et les communautés de voisins à avoir accès à de nouveaux services de mobilité, voire à découvrir de nouveaux marchés.

Au-delà des sites de co-voiturage professionnels qui tendent à se généraliser, on observe actuellement en Europe l’émergence de modèles d’auto-partage en entreprise.

Ainsi, OpenFleet, une solution d’auto-partage de type professionnel développée à Montréal, propose une technologie et un service de partage de flotte destinés aux entreprises et aux collectivités à partir d’un parc de véhicules déjà existants.

Les entreprises peuvent ainsi créer de nouvelles solutions de mobilité en permettant à leurs employés d’utiliser en tout temps les véhicules de leur flotte pour des fins personnelles. Un employé qui utilise le véhicule de son employeur dont l’usage est optimisé grâce à l’auto-partage permet à son entreprise de réduire son “Total Cost of Ownership”, voire à gagner de l’argent.

Citons l’exemple d’une entreprise de livraison de courrier en Europe qui facture à ses employés, et ce,sur demande, l’utilisation de ses vans et camions de faible tonnage en dehors des heures de service pour des usages personnels (grandes courses, déménagements) les soirs et les week-ends.

Ce type de solution offre des perspectives intéressantes pour tout professionnel de la mobilité et pourrait contribuer à dynamiser l’activité de commerces de proximité et de régions à faible densité. En effet, les concessionnaires automobiles et les garagistes possèdent généralement un stock de véhicules de courtoisie, de service ou d’occasion peu optimisé qui occupe de l’espace sur leur stationnement. En équipant leur flotte d’une technologie qui rend leurs véhicules « connectés » et en s’appuyant sur leur clientèle et un réseau de proximité, ils deviennent de véritables ambassadeurs en puissance de la mobilité partagée. Ainsi, à chaque coin de rue, ils peuvent offrir des services de transport partagé, notamment dans les zones péri-urbaines et rurales, zones traditionnellement peu dotées en infrastructures de transport.

L’opérateur d’auto-partage pour particuliers Koolicar a eu l’idée de développer en France des écosystèmes d’auto-partage de proximité dans les zones péri-urbaines. Ainsi Koolicar propose de mettre leurs véhicules à la disposition de leur voisinage (commerces de proximité, communautés de voisins) moyennant une rétribution à l’usage (commission sur la location) pour les gestionnaires de ces flottes.logo_koolicar_HD

Via une approche comportementale et technologique innovante, l’économie collaborative peut ainsi optimiser l’usage de milliers de véhicules sur nos routes. D’abord, en réduisant le trafic dans les grandes métropoles, puis en créant une offre de mobilité citoyenne et durable dans les zones peu desservies par le transport en commun.

Plus de deux décennies après Communauto et quinze ans après le lancement de Zipcar, la plupart des constructeurs automobiles, et ce partout dans le monde, étudient désormais de très près les offres de mobilité partagée et réfléchissent à leur rôle dans ce nouvel écosystème. Pendant que la technologie et les infrastructures automobiles continuent d’évoluer rapidement (véhicule autonome, corridors électriques, etc.), le modèle collaboratif apporte un éclairage innovant sur les moyens de faire d’un parc de véhicules un véritable « comptoir de service » au bénéfice des autres entreprises et des communautés de voisins.

 

Contribution spéciale de Bruno Armand

Bruno est le Directeur Commercial Amérique du Nord de PVP Technologies, une société montréalaise développant des solutions et des services d’auto-partage professionnel via sa technologie OpenFleet pour les flottes d’entreprises et des collectivités, les loueurs traditionnels, les opérateurs de mobilité, les concessionnaires et les garagistes.

Apple va-t’elle révolutionner la mobilité ?

La rumeur est assourdissante. Malgré la culture du secret notoire d’Apple, les journalistes, les constructeurs automobiles et les spécialistes financiers spéculent sur ce qui semble de plus en plus d’être l’incursion probable d’Apple dans le monde de la mobilité.

Qu’avons-nous lu et entendu ?

Il y a quelques semaines, la curiosité des journalistes, blogueurs et analystes a culminé à cause d’une « mystérieuse » fourgonnette Apple qui aurait été repérée à San Francisco et à New York.

D’autre part, plus de nouvelles ont surgi au sujet d’Apple qui serait en discussion avec des fournisseurs automobile et qui travaillerait au développement d’un véhicule autonome électrique.

Apple serait animée d’une frénésie d’embauche et Steve Zadesky, un vétéran de 16 ans chez Apple, qui a joué un rôle dans le développement de l’iPod original et de l’iPhone, est à la tête du nouveau laboratoire de recherche automobile d’Apple, nommé projet Titan, et situé dans Silicon Valley, à l‘extérieur du campus de l’entreprise à Cupertino. Selon Business Insider, on a donné à Zadesky « la permission de réunir une équipe de 1 000 personnes pour travailler sur la voiture d’Apple ». En outre, nous apprenons que Zadesky « a fait des voyages en Autriche » dans le cadre du projet. Plusieurs auteurs ont relié ces visites à l’entreprise Magna Steyr, une firme d’ingénierie et de fabrication partenaire autrichienne peu connue et fournisseur indépendant pour les OEM. Cette dernière a produit plus d’un million de véhicules pour BMW – y compris la BMW X3, MINI Countryman et MINI Paceman – et produit aussi le G-Class Mercedes dans son usine de Graz”.

Et, juste au au cas où il y avait un doute encore dans l’esprit de certains, Apple a officiellement élargi sa description d’entreprise dans plusieurs pays et est maintenant libellée comme fabricant officiel de : « Appareils de locomotion sur terre, dans les airs ou sur l’eau; composants matériels électroniques pour véhicules automobiles, wagons et locomotives, navires et aéronefs; dispositifs antivol; alarmes antivol pour véhicules; bicyclettes; voiturettes de golf; fauteuils roulants; pompes à air; motos; pièces de rechange (pièces après-vente) et accessoires pour les produits précités”.

Est-ce que ce sera une voiture ?

L’embauche par Apple d’experts en batteries porte beaucoup à croire qu’Apple est à développer un véhicule électrique. Un article du Financial Times rapporte que Tim Cook « a clairement indiqué que l’industrie automobile est un domaine dans lequel il croit qu’Apple peut faire un très grand impact». Selon ce même article, lors d’une récente conférence sur la technologie chez Goldman Sachs, M. Cook a dit que « le CarPlay était l’une des trois nouvelles plateformes technologiques qu’Apple a lancé l’an dernier essentielles pour l’avenir d’Apple, aux côtés de HealthKit et HomeKit”.

Avec, CarPlay, Apple est déjà impliquée dans l’espace automobile, mais l’attention portée récemment par les chefs de certaines des principales sociétés mondiales de fabrication automobiles lors du dernier salon de l’auto de Genève, nous amènerait à croire que le projet Titan promet d’être plus que de l’info-divertissement.

Étant donné que la voiture autonome et la plupart des constructeurs automobiles se tournent résolument vers Silicon Valley, il serait logique de déduire qu’Apple voit aussi l’écriture sur le mur de la mobilité. Une source proche du dossier a déclaré à Reuters qu’Apple «étudie la possibilité d’un véhicule autonome”.

Mais est-ce qu’Apple est à concevoir un véhicule électrique autonome destiné au grand public ? Nous pensons que non. Voici pourquoi :

  • La fabrication traditionnelle de l’automobile génère des marges nettement plus faibles auxquelles Apple et ses actionnaires sont habitués (la marge brute d’Apple pour l’exercice se terminant Septembre 2014 était de 40%). Même si le véhicule électrique autonome se vendait avec une prime, il pourrait s’avérer difficile d’atteindre le même niveau de rentabilité qu’Apple a connu avec sa gamme de produits actuelle. Pensez à Tesla.
  • Le succès et l’adoption rapide du covoiturage et de l’autopartage démontrent que les citadins ont soif d’une nouvelle offre de mobilité   qui   leur   permettrait  d’éviter l’achat d’un véhicule (rappelez-vous, l’utilisation personnelle d’un véhicule n’est que de 4%). Et, comme l’urbanisation continue de croître, il en sera de même pour cette tendance.
  • Les ventes d’iPhone génèrent la part du lion des bénéfices d’Apple. La grande majorité des iPhone en utilisation aujourd’hui ont été placés dans les mains des consommateurs grâce à des contrats avec des fournisseurs de télécommunications qui leur permettent d’accéder au produit à marge élevée par un contrat à long terme avec des paiements mensuels qui regroupent les services de télécommunications et le coût du produit. C’est un modèle d’affaire qui a fait faire des milliards à Apple!

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Maintenant, imaginez avoir accès à la mobilité à la demande, style Apple, où un véhicule électrique sans conducteur Apple vient vous chercher lorsque vous en avez besoin et vous conduit à destination. Un contrat à long terme fournit l’adhésion au service ainsi qu’un nombre maximum de km dans un environnement mobile Apple, que ce soit en solo, en groupe avec une couple d’autres utilisateurs ou dans un véhicule de plus grande taille de style minibus. L’accès au sans-fil serait gratuit et offert dans un environnement utilisateur conçu par Jony Ive, ce qui signifie qu’il serait transparent même pour un enfant de cinq ans. Vous vous branchez dès que vous entrez dans le véhicule que les génies créatifs d’Apple ont conçu et vous vous mettez à travailler, vous détendre ou tout simplement profiter du temps à vous rendre où vous voulez aller, sans les tracas associés à la propriété ou à la conduite d’une voiture.

Alors que certains d’entre nous seront en mesure de posséder un « Apple mobile », la grande majorité sera tentée de les utiliser comme un service, en payant une forfait mensuel qui regroupera tous leurs besoins de transport et peut-être plus … un peu comme payer un forfait mensuel pour accéder à l’iPhone et les services de télécommunications qui l’accompagnent.

Apple peut le faire / devrait le faire ?

Apple est la société qui affiche la plus valeur au monde. Avec une capitalisation boursière de 750 milliards de dollars, Apple vaut plus que Daimler, Volkswagen, Renault, Peugeot, Fiat Chrysler, Ford et General Motors réunis. Malgré son succès, l’entreprise a besoin de continuer à générer des profits et de la valeur actionnariale, potentiellement en se diversifiant vers de nouvelles industries. L’industrie du transport est mûre pour un changement … changement dont Apple peut profiter.

Considérez ce qui suit :

  • La société aurait 178 $ milliards en espèces – un montant qui lui permettrait de s’établir dans la nouvelle industrie de la mobilité. La société attire déjà les meilleurs experts sur le terrain avec des bonus à la signature de 250 000 $ et une rémunération assortie d’augmentations significatives.
  • Tesla a certainement prouvé qu’un nouveau venu dans cette industrie de haute barrière à l’entrée, peut créer des véhicules de qualité supérieure qui laissent saliver les plus exigeants.
  • Avec CarPlay, Apple est déjà dans l’espace automobile. Donc, à court terme, la société peut continuer d’améliorer son offre de CarPlay et développer des solutions d’info-divertissement. L’info-divertissement peut se propager à d’autres zones dans le véhicule : Interface Homme-Machine (IHM), l’ergonomie et les contrôles, etc. Fiez-vous à Apple de créer une expérience utilisateur transparente et facile à utiliser.Apple_car-play
  • Comme l’électronique et le code deviennent une partie de plus en plus importante du véhicule, en particulier avec la technologie autonome (il est estimé que les logiciels et l’électronique représenteront plus de 60% de la valeur du véhicule autonome), la force d’Apple dans la conception de produits électroniques offrant une nouvelle et unique expérience d’utilisateur, fournirait à l’entreprise un avantage concurrentiel indéniable. Les analystes de Morgan Stanley expliquent, « Apple possède la marque et le talent de conception à se mesurer au meilleur de l’industrie automobile traditionnelle et elle peut compter sur la chaîne d’approvisionnement automobile existante pour les composants non-critiques”.

Si l’on en croit ce qui a été discuté au cours des dernières semaines, d’ici 2020, nous devrions constater les fruits du travail d’Apple.

Accrochez-vous à vos sièges car Apple perturbera la mobilité.

Photo :Andrey Bayda / Shutterstock.com