Le Canada va-t-il laisser passer cette occasion unique ?

Le Fardier de Cugnot et la « Jamais contente » ont marqué, chacun à leur manière, l’histoire de l’automobile, pour être devenu respectivement le premier véhicule à moteur thermique connu en 1771 et la première automobile électrique à avoir franchi la barre des 100 km/h en 1899.

Changement d’époque, changement de paradigme. Alors que les constructeurs automobiles ont, pendant plusieurs décennies, utilisé « l’expérience de conduite » comme argument de vente, seraient-ils en train de nous créer une demande pour « l’expérience sans-chauffeur »? En effet, l’expérience de conduite deviendrait accessoire avec les dernières percées technologiques. Les véhicules autonomes (VA) sont bel et bien parmi nous!

Google Car ou encore le Mercedes F015, pour ne nommer que celles-ci, sont des voitures autorisées à circuler sur des routes publiques dans quelques états américains. Plusieurs initiatives fleurissent en Europe, comme le projet CityMobil 2 dans lequel sont expérimentés des navettes électriques à basse vitesse à La Rochelle, en France, ou encore dans la ville de Milton Keynes en Angleterre, qui expérimentera à son tour, sur un site dédié, ce type de véhicules. Les sites d’expérimentation se multiplient et plusieurs pays, états et villes américaines souhaitent devenir des chefs de file en la matière.

Au Canada, aucun projet d’envergure n’a encore été défini concrètement. Avec son climat nordique et sa proximité avec les États-Unis, l’expérimentation de ce type de véhicule est un enjeu majeur. Plusieurs aspects sont déjà en réflexion ailleurs (légal, assurances, etc.). Mais pour nous Canadiens, le défi principal, est avant tout de déterminer si ce type de technologie sera capable d’être aussi efficace dans les conditions hivernales que dans des conditions presque idéales ou sont actuellement menés ces fameux essais. Il y a fort à parier que la réponse est au mieux « pas tout à fait » au pire « non pas du tout ». Dans les deux cas, nous devons prendre action de cette réponse et agir afin que les véhicules les plus avancés jamais construits ne puissent circuler chez nous!

Dans certaines utilisations, des VA remplacent avantageusement les véhicules de transport traditionnels de type autobus ou train léger, car elles sont beaucoup moins couteuses à opérer et permettent plus de flexibilité à l’exploitant. À ce chapitre, on peut citer le POD mis en service en 2011, à l’aéroport d’Heathrow en Angleterre, qui lui, roule sur une voie dédiée. Plusieurs autres cas de réussites concernent des navettes électriques autonomes à basse vitesse, ne dépassant pas les 25 km/h tels que Navia (Induct) ou encore l’EZ 10 développé par le groupe Ligier. Ces véhicules sont utilisés dans des conditions quasi idéales et n’ont, en aucun cas, fait leurs preuves dans des nos conditions extrêmes. Tout reste à prouver et le Canada devrait se positionner rapidement pour évaluer à son tour ce type de technologie et les défis qui les entourent.

À l’heure où il est encore difficile d’adopter un système standardisé pour les bornes de recharge rapides électriques (Tesla, CHAdeMo, SAE) qu’en est-il au juste des véhicules qui doivent décider à notre place en cas d’urgence? Les algorithmes décisionnels sont-ils infaillibles? Dans quelles conditions d’utilisation notre véhicule pourra-t-il être autonome? Est-ce que les conditions hivernales ont un impact significatif sur ces systèmes de navigation? Seules des expérimentations sur le terrain pourront répondre concrètement à toutes ces questions.

Si des participants du Canada ne relèvent pas le défi, qui développera les technologies requises par notre climat pour ces VA étant donné la petite taille de notre marché? Nous possédons une très bonne base de savoir-faire. Il nous faut développer certaines infrastructures, voire développer un circuit ou un quartier où les véhicules autonomes seront développés et testés dans nos conditions. Comme nous ne sommes pas le seul pays nordique, les constructeurs pourraient être intéressés à venir terminer leur développement chez nous, ce qui créerait tout un nouveau courant! Que de belles occasions d’affaires pour le Canada!

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